L'effet pervers de l'hypothermie chez un blessé

Après un accident en montagne, si tu ne fais rien contre le froid, le blessé va tomber en hypothermie. Or, l’hypothermie est un amplificateur de problème qui va aggraver l’état du blessé. 

En effet, l’hypothermie chez un blessé va : augmenter le saignement, diminuer la capacité de respiration ou encore faire dysfonctionner le cerveau.

C’est le grain de sable qui va bloquer tous les engrenages de ton corps. Et lorsqu’il y a trop de grains de sable : le mécanisme s’arrête. C’est pareil pour le froid.

C’est à cause de cet effet accélérateur que les secouristes professionnels en montagne cherchent par tous les moyens à éviter l’hypothermie.  

Et comme tu le sais : le premier secouriste c’est toi ! Ainsi, savoir prévenir l’hypothermie est l’une des compétences essentielles que tu dois développer si tu veux porter secours à un blessé après un accident en montagne.

hypothermie chez un blessé

Pourquoi l'hypothermie chez un blessé arrive plus vite que chez un valide ?

Il y a 3 mécanismes de refroidissement qui opèrent sur un blessé :

  1. Un blessé est statique : Ton corps fabrique sa chaleur grâce aux mouvements de tes muscles. Quand tu fais un effort physique, tu as chaud. Un blessé, quant à lui, va rester immobile et donc arrêter de créer de la chaleur. C’est le premier mécanisme de refroidissement. 
  1. Un blessé est en contact avec le sol : La neige ou le sol lui vole sa chaleur. A cause du mécanisme de conduction, le blessé se retrouve à réchauffer la neige au lieu de garder sa chaleur pour lui. C’est pour ça qu’un bon tapis de sol et aussi important d’un bon duvet pour passer une nuit en bivouac.
  1. Un blessé en montagne (comme un valide d’ailleurs) subit les intempéries (vent, humidité…) : Tu connais le principe du frigo berbère ? Il suffit de mettre un linge humide autour de ce que tu veux refroidir et de le laisser au vent. Donc, si tu laisses un blessé au vent et/ou humide, alors tu le mets dans un frigo berbère sans le vouloir. C’est le troisième refroidissement.

La carte bonus : un blessé ne peut pas se couvrir tout seul, il est souvent dépendant de la personne qui lui vient en aide pour prévenir l’hypothermie. Avec une épaule luxée ou un doigt écrasé, un blessé ne peut pas attraper sa doudoune au fond de son sac et la mettre tout seul. En plus, à cause de la douleur, le blessé ne va pas réaliser qu’il a froid car toute son attention sera accaparée par cette douleur. Si tu viens en aide à un blessé, tu dois garder une vision d’ensemble et anticiper ce refroidissement pour lui. 

hypothermie chez un blessé

Quelles sont les conséquence de l'hypothermie sur un blessé ?

LA chose à retenir, concernant l’hypothermie chez un blessé c’est que ça va faire empirer les problèmes. Je m’explique : 

  1. Le sang. A cause du froid, le sang va se fluidifier et surtout ne va plus coaguler. Ça peut majorer un saignement, jusqu’à entrainer une hémorragie interne ou externe.

  1. Respiration. Un blessé qui a froid, va moins bien respirer. Or, si tu as des troubles de la respiration tu absorbes moins d’oxygène et tu fabriques encore moins de chaleur.   

  1. Cerveau. Le cerveau a le même problème que les poumons. Il a besoin d’une température supérieure à 35° pour fonctionner normalement. Donc plus sa température interne descend et moins le blessé sera lucide. Il ne pourra donc pas réfléchir aux actions à faire pour se protéger. 

Notre corps arrive plutôt bien a compensé la dégradation d’une fonction vitale quand il est à 37°. Mais quand on passe en dessous de 32° c’est la bérézina, tout s’emballe et il ne gère plus rien. C’est pourquoi il faut impérativement empêcher que le blessé se refroidisse.

Comment éviter qu'un blessé passe en-dessous de 35°C ?

Dans le cadre d’un accident avec traumatisme il faut bien entendu commencer par s’occuper des urgences vitales (saignement abondant, impossibilité de respirer…).

Ensuite, il faut anticiper le refroidissement de la victime. Pas besoin d’être Mme Irma pour savoir que ça va arriver si tu ne fais rien.

La première chose à faire c’est d’isoler la victime du froid.

  • Pour ça commence par changer ses vêtements humides et mets-lui des vêtements chauds.
  • Si tu peux mets-lui des gants et un bonnet, cela évitera les pertes de chaleur par les extrémités (#MakeABodyWarmAgain)
  • Comme on l’a vu, le contact avec le sol refroidi énormément le blessé. Il faut donc que tu l’isoles du sol sur un sac à dos ou une corde par exemple.
  • Il faut aussi limiter l’impact du vent et de la neige ou de la pluie. Pour ça cherche à te mettre près d’un rocher ou dans une grotte. Et si le blessé ne peut pas se déplacer, adapte l’environnement en faisant un mur de neige par exemple.
  • La couverture de survie que tu as dans ton sac peut t’aider à faire une barrière aux intempéries. Le plus simple et le plus rapide c’est d’enrouler le blessé dedans de manière hermétique.

Mais attention, toutes les couvertures de survie ne se valent pas. 

En haute montagne, tu ne prends pas un K-way de course à pied mais une Gore-tex. C’est pour cela que je déconseille vivement de prendre une couverture de survie à usage unique mais bien une couverture de survie renforcée ou un sac d’urgence.

  • La couverture de survie à usage unique est très légère et ne coûte que quelques euros mais elle va se déchirer si tu marche dessus, s’envoler à la première occasion et surtout son pouvoir isolant est très insuffisant (pour la montagne).
  • La couverture de survie renforcée va te permettre d’emballer ton pote beaucoup plus facilement et efficacement. Tu peux t’en servir pour te protéger du vent et fabriquer un abri. En plus, tu peux la choisir dans une couleur qui absorbe plus la chaleur (Vert ou Bleu marine). Elle est très résistante et isolante, et pourra même faire un brancard si tu dois porter un blessé à plusieurs.  
  • Les sacs d’urgence quant à eux sont conçus comme des sacs de couchage. Tu peux t’y mettre à deux et les fermer complètement. La structure en sac de couchage empêche les mouvements d’air et donc maintient mieux la chaleur. Le seul hic c’est qu’il sera difficile d’y mettre certains blessés (jambes cassée par exemple). 

Une fois isolé, il faut garder le blessé chaud.

Maintenant que tu l’as protégé de l’environnement il faut le garder chaud. Tu as plein de choses dans ton sac qui vont t’aider à ça : 

  • Tu peux fabriquer une bouillotte en transvasant le thé de ton thermos dans une gourde en plastique ou dans ton camelback. Pour que la bouillotte réchauffe le plus possible le blessé, mets-la contre son t-shirt, sous les couches de polaires et de doudoune, au niveau des aisselles ou de l’aine.
  • Il existe aussi des chaufferettes chimiques, j’en ai toujours dans ma trousse de secours. Elles ne pèsent quasiment rien et peuvent produire de la chaleur pendant plusieurs heures. C’est un bon compromis poids/efficacité. 
  • Le geste le plus facile et le plus efficace en cas d’hypothermie c’est de se coller sur le blessé. N’oublie pas que tu es un radiateur ambulant, tu vas pouvoir lui transmettre ta chaleur et le protéger du vent si tu te serres contre lui.

Déplacer un hypotherme : soyez vigilant

Si malgré tout ça, le blessé tombe en hypothermie sévère (moins de 32°) il faudra faire très attention à ne pas trop le mobiliser. Sinon tu risques d’envoyer le sang froid, qui est présent dans les membres, vers le cœur. Le cœur n’apprécie pas du tout et va s’arrêter. C’est ce qu’on appelle la mort blanche.

hypothermie chez un blessé
hypothermie chez un blessé

Que retenir ?

Ce que j’aimerais que tu retiennes de cet article c’est que l’hypothermie est un amplificateur d’emmerdes sur une blessure : il ne faut pas la sous-estimer.

Dès que les urgences vitales sont traitées (par exemple une hémorragie ou un bouchon de neige qui l’empêche de respirer…) : couvre le blessé, isole-le du sol, emballe-le dans une couverture de survie (de qualité) et réchauffe-le par tous les moyens à ta disposition.

Ecrit par : Guillaume Fustier

La formation premiers secours en montagne

Apprendre à gérer un accident en montagne, et maintenir un blessé en vie en attendant que l’hélicoptère des secours arrive.

Guillaume Fustier

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